Analyse | Le sort du Canada sous le joug de Donald Trump
Du débat catastrophique de Joe Biden en juin 2024 jusqu’au G7 en début de semaine, qui ressemblait davantage à un G6 après le départ précipité du président Trump, on peut conclure que les 12 derniers mois ont été tout sauf ennuyants. Au début de l’été dernier, l’économie émergeait d’années difficiles, marquées par la pandémie et l’inflation, et les espoirs de reprise étaient réels. Un an plus tard, c’est plutôt la récession qui nous guette. Joe Biden a démissionné, Donald Trump a échappé de justesse à une tentative d’assassinat et il a remporté l’élection présidentielle de novembre. Le gouvernement Trudeau, qui faisait face à plusieurs votes de confiance au Parlement, s’est vite retrouvé dans une turbulence dont seul Donald Trump connaît la recette, alors que ce dernier a annoncé, peu de temps après l’élection du début novembre, qu’il avait l’intention d’imposer des droits de douane de 25 % au Canada et au Mexique. Vous connaissez la suite… Chrystia Freeland a démissionné avant les Fêtes, Justin Trudeau tout juste au retour du congé de Noël. Donald Trump est revenu à la Maison-Blanche et n’a pas perdu de temps à lancer ses salves de tarifs douaniers, provoquant la consternation, un ralentissement soudain de l’économie et l’incrédulité des investisseurs. Les Canadiens ont choisi de faire confiance à Mark Carney pour faire face à Donald Trump, mais ils lui ont octroyé une minorité au Parlement. Le nouveau premier ministre a vite mis en place son programme de relance et de défense, mais la décision de Donald Trump de mettre fin après 24 heures à son séjour au G7 en Alberta est venue jeter une ombre sur ce que voulait accomplir M. Carney avec cette grande réunion internationale. Sous la pression de l’industrie de l’acier et de l’aluminium, et en l’absence d’entente avec les États-Unis pour faire tomber les tarifs douaniers, le premier ministre a dû se rendre à l’évidence et annoncer des contre-mesures supplémentaires qui pourraient être appliquées à partir du 21 juillet. Le Canada va également limiter les importations d’acier de pays comme la Chine pour éviter de submerger son marché et de nuire davantage à une industrie de plus en plus inquiète de l’avenir. Nous voici donc, 12 mois plus tard, avec une économie qui fonctionne au ralenti. Les économistes de la Banque TD évoquent une récession technique, c’est-à-dire deux trimestres négatifs consécutifs, avec un recul envisagé de 2 % du PIB au deuxième trimestre, qui est en cours, et de 1 % pour les trois mois suivants. Difficile de confirmer qu’une récession s’annonce, nous disait toutefois l’économiste en chef de Desjardins, Jimmy Jean, mercredi, à Zone économie. Il y a trop d’incertitudes. Mais une chose est certaine, la croissance sera à plat dans les prochains mois, selon lui. Pour sa part, le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, se montre réaliste. Quand on fait la moyenne de tous les tarifs douaniers imposés au Canada par les États-Unis, la TD évalue le taux effectif actuel à environ 10 à 12 %. L’impact est indéniable. Les exportations canadiennes vers les États-Unis sont en baisse de 14 % sur un an. Les consommateurs reportent de gros achats, comme des propriétés et des véhicules, alors que plusieurs craignent de perdre leur emploi. On s’attend également à une baisse marquée des investissements des entreprises dans la machinerie et l’équipement. Le ralentissement de la croissance de la population représente aussi un frein pour l’économie canadienne. Au cours des trois premiers mois de 2025, la population n’a progressé que de 20 000 personnes au pays, ce qui représente la plus faible hausse depuis 2020. Au Québec, la population a même baissé d’environ 1000 personnes. Cette situation a pour effet de ralentir la montée du PIB total, mais fera remonter le PIB par habitant, en retour. Cela dit, il faut noter que la réduction d’impôt annoncée par le gouvernement Carney pourrait stimuler légèrement l’économie. L'effet pourrait cependant être assez marginal et de courte durée. Les investissements en défense et dans les projets prioritaires, dans la mesure où ils peuvent vraiment prendre leur envol, pourraient aider à relancer l’économie à partir de 2026. Cela dit, le premier ministre Carney promet aussi des réductions dans les dépenses gouvernementales, ce qui pourrait représenter un frein à l’économie. La situation aux États-Unis aura bien sûr un effet, comme toujours, sur l’économie canadienne. De nouvelles baisses de taux de la part de la Réserve fédérale américaine, une réduction des impôts aux États-Unis et la multiplication des ententes commerciales pourraient faire rebondir l’économie américaine en 2026, ce qui pourrait avoir un effet positif sur le Canada. Une entente entre Ottawa et Washington, qui entraînerait l’atténuation ou l’annulation des tarifs douaniers, aurait aussi un impact économique positif. Le directeur parlementaire du budget, Yves Giroux, estime que le gouvernement fédéral se dirige vers un déficit de 70 milliards de dollars cette année. (Photo d'archives) Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld En attendant, le gouvernement du Canada se dirige vers un déficit budgétaire qui pourrait atteindre 70 milliards de dollars cette année, selon le directeur parlementaire du budget, Yves Giroux, qui témoignait devant le comité des finances du Sénat en début de semaine. En entrevue à Zone économie, mercredi, le ministre fédéral des Finances, François-Philippe Champagne, a refusé de confirmer l’analyse du directeur du budget. Mais il laisse entendre que les annonces récentes vont alourdir le déficit. Bien sûr, le ralentissement de l’économie canadienne a aussi un impact sur les revenus de l’État, et donc sur le déficit. Cela dit, dans une note diffusée jeudi, le directeur parlementaire du budget a évité de publier une analyse détaillée des données budgétaires à Ottawa, puisque le premier ministre Mark Carney a indiqué avoir l’intention de séparer les dépenses de fonctionnement et les investissements en capital. Cela pourrait ressembler à ce que fait le Québec, en sortant du périmètre comptable les emprunts qui sont faits pour investir dans les infrastructures. Yves Giroux écrit que François-Philippe Champagne a confirmé que le budget 2025-2026 sera présenté au début de l’automne, soit au moins six mois plus tard qu’à l’habitude. Dans les circonstances, la Banque du Canada va encore baisser son taux directeur d’ici la fin de l’année, possiblement à deux reprises, selon la TD. Le taux passerait ainsi de 2,75 % à 2,25 %. Bien que la tarification du carbone pour les consommateurs, qui influait sur le prix de l'essence, ait été annulée dans neuf provinces – le Québec ayant conservé son marché du carbone –, les mesures plus ciblées de l’inflation suivies par la Banque du Canada sont en hausse, ce qui pourrait rendre le travail de la banque centrale plus difficile. La Banque du Canada et son gouverneur, Tiff Macklem, pourraient avoir un travail difficile à faire sur l'inflation. (Photo d'archives) Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld À court terme, les économistes s’inquiètent d’une remontée de l’inflation. Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a dit mercredi, dans un discours prononcé à Terre-Neuve, que les droits de douane américains Il est donc très difficile de prévoir les prochaines baisses de taux d’intérêt au Canada. La banque centrale est déterminée à maintenir une politique monétaire qui permet de garder une cible d’inflation autour de 2 %. Mais elle devra agir si l’économie ralentit encore davantage et si le Canada entre en récession. On se pose aussi les mêmes questions aux États-Unis. Le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a revu à la hausse les prévisions sur l'inflation, mercredi, et révisé à la baisse ses prévisions de croissance économique. Les gouverneurs de la Fed ne s’entendent pas sur le nombre de baisses de taux d’intérêt qui seront nécessaires d’ici 2026. Il faut aussi s’inquiéter de l’impact économique d’un autre événement, celui de la guerre entre Israël et l’Iran. Une intensification de ce conflit pourrait entraîner une hausse marquée des cours du pétrole, ce qui pourrait ralentir davantage l’économie mondiale, déjà affaiblie par la guerre commerciale menée par Donald Trump. Environ le tiers du pétrole mondial est produit au Moyen-Orient. Au premier jour des échanges de missiles entre l’Iran et Israël, le prix du pétrole Brent, la référence mondiale, a bondi de 7 %, atteignant même une poussée de 13 % le 14 juin, en cours de journée. Au printemps, le ralentissement de l’économie mondiale a poussé le prix du pétrole à près de 60 $ US. Toutefois, un conflit qui aurait pour effet de réduire la production de pétrole pourrait faire bondir celui-ci à de plus hauts niveaux, ce qui pourrait avoir un impact inflationniste, particulièrement sur le prix de l’essence. L’Iran, c’est 4 % du pétrole mondial et 2 % des exportations pétrolières de la planète. Cependant, le détroit d’Ormuz, qui est situé au sud de l’Iran, voit passer 20 % du pétrole de la planète, soit 21 millions de barils par jour. Il n’est certes pas dans l’intérêt de l’Iran de bloquer le transport du pétrole dans ce passage. Mais dans l’éventualité d’une attaque sans précédent d’Israël, et peut-être aussi des États-Unis, contre les installations énergétiques de l’Iran, Téhéran pourrait réagir et mettre en œuvre un blocus dans le détroit d’Ormuz, ce qui aurait des effets dévastateurs sur le transport de pétrole dans le monde et sur les prix. Nous avons rarement connu une période d’instabilité qui rende si difficile toute projection ou prévision. L’imprévisibilité de l’administration Trump change la donne depuis le début de l’année et ralentit l’économie. La politique intérieure du président, ses tarifs douaniers et ses ambiguïtés sur la politique étrangère des États-Unis sont des éléments perturbateurs qui empêchent les économistes de faire des projections normales. Il faut se préparer à un autre été bien occupé. Bon été!Vers une récession?
L'ombre au tableau provoquée par les tarifs américains sur l’environnement d’affaires au Canada pourrait mener à une contraction de l’économie en milieu d’année et propulser le taux de chômage à son plus haut depuis 2012
, écrivaient les économistes de la TD dans une note publiée mardi.La récession a peut-être commencé au Mexique au premier trimestre, peut-être au Canada au deuxième trimestre, et pourrait commencer aux États-Unis au troisième trimestre
, a déclaré le ministre à Zone économie, jeudi.

Un déficit de 70 milliards?
On a fait des annonces qui vont impliquer un effort collectif plus important, notamment en matière de défense. [...] Il y a un peu de rattrapage à faire là-dedans. Mais je pense que les gens comprennent aussi que six semaines ont changé le monde, que le Canada doit maintenant prendre en charge sa propre sécurité, sa souveraineté
, a dit M. Champagne en faisant référence au retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, en janvier dernier.On a proposé une baisse d’impôt à 22 millions de Canadiens, ça vient évidemment avec un impact fiscal, a reconnu le ministre Champagne. La même chose pour les acheteurs d’une première maison.

le gouvernement pourrait réaliser ses objectifs pour le budget de fonctionnement alors même que le ratio de la dette fédérale au PIB augmenterait en raison d’emprunts supplémentaires pour des dépenses autres que celles de fonctionnement (par exemple, de nouveaux achats de systèmes d’armement pour les forces militaires canadiennes). Ainsi, le gouvernement pourrait réaliser son objectif budgétaire tout en n’étant pas viable sur le plan budgétaire.
Il y a un peu de décalage dans le cycle normal. Et moi, je souhaite qu’à terme, on revienne à un cycle normal où on pourra présenter des budgets au bon moment dans l’année.
Ça permettra une meilleure coordination avec les provinces, selon le ministre, et plus de transparence avec les citoyens
.Donc… d’autres baisses de taux?

ont fait diminuer les exportations du Canada et pesé sur l’emploi. Cela exerce des pressions à la baisse sur l’inflation au pays. Cependant, l’augmentation des droits de douane américains fait monter les prix aux États-Unis. Ces hausses de prix peuvent avoir des répercussions au Canada, lorsque nous importons ces biens américains plus coûteux, ce qui entraîne des pressions à la hausse sur l’inflation chez nous.
Iran-Israël : un impact à prévoir
En conclusion…
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